dimanche 27 avril 2008

POEME POUR FAIRE LE BEAU





des poils de terre
feignent délicieusement la luxure
des jungles depuis le pays de tes orteils
jusque sur ton estomac,
mon ventre

plus tard, ta robe s’agite
comme l’écran froissé d’une tempête ;
froufroutement ou froufroutance voulue,
préparée, invoquée par des sorciers merles
et pinsons magiciens aux becs affamés,
mes doigts

et puis, c’est un crabe en fesse…
il boit du vin à même le rubis de mon cœur échangé
volontiers contre le minois joli de ta fleur de verre
pour le faire, pour la faire sécher entre les pages
de mes allusions filantes,
mes lèvres

les chairs invisibles du passé n’ont pas d’importance,
car la terre a repris leur remarquable beauté –
avalée ! respirée ! brûlée ! – le présent aime la
beauté tangible des moustiques de soie
aux ailes de sucre,
nos peaux



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[Image : L’écran froissé d’une tempête par reading_is_dangerous]

LA MAIN DE L'EAU DE LA MAIN DE L'EAU DE L'AME




je n’ai pas d’autre âme
que la tienne
pour me tenir par la main

une âme, la tienne
une âme pour l’eau
une âme pour l’eau de l’âme

je n’ai pas d’autre âme
que la tienne
pour que je devienne océan

. dans l’eau .
. de la main .
. de l’âme .



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[Image: Lettre dame par reading_is_dangerous]

lundi 21 avril 2008

ORIENT DES VIEUX LIONS DE PIERRE




Orient des vieux lions de pierre
Griffons aux ailes brisées

Orient des vieux murs conservés
Augmentés, continués, repris

Orient des routes nues
Désertées, oubliées, encombrées de cailloux – mauvais voyageurs
Et des carcasses de chien de malchance
Et des pétales plastiques
Couleurs malheureuses, jetées aux vents

Orient des routes nues
Déserts oubliés des chemins qui mènent à des portails
De fer rouillé, dont les gardiens – vieux lions aux ailes brisées
Savent l’entièreté des généalogies secrètes
Savent les organigrammes du pouvoir
Savent les parfums des filles boudeuses, assises
Aux genoux des bandits puants ou parfumés
Cravatés, aux lèvres fines, violettes
Aux ongles longs

Yeux d’un aigle prisonnier du corps d’un mulot
Yeux de rat trouvé dans le corps d’un lion
Yeux mouillés de crocodile, enchâssés dans un corps gras
De sanglier, riant – écoutez le cochon chanter
Sa patrie, l’ivresse…

Orient des routes bues
Rasées, possédées, des blondes fausses
Divorcées à moitié
Libertés des chambres à coucher dont tu tiens la clef

Orient des pièges mielleux, des trucages cousinés
Dorures, frottages, cirages

Orient des miroirs gardés dans les tiroirs
Où l’étranger finit un jour par se placer, reconnaissant
Des chaînes d’or ou des cercueils de plomb : Des frères
Généraux, cousins – chauffeurs du président
Oncles ou chefs des douanes – incontournables familles
Familles de familles
Familles de familles de familles ou clans
Dont les chefs ont volé la gueule des lions disparus du lit
Étroit des rivières asséchées des bergères centenaires
Qui rêvent aux coquelicots du printemps
Aux petits chéris, petits agneaux, petit lait-lait

Orient du grand frisson, de la vipère du jujubier
De la frontière entre l’Amour et l’homme, l’articulation
Le genou du soleil levant
La création du monde
La fleur du matin
L’Orient de soi

Orient du café qui te tient
Orient du fauteuil qui te tient
Orient où tu attends – on te retient
Orient où tu deviens un lion de pierre, patience !

Le remplacement de tes ailes brisées
Aura lieu ici, à l’ombre du mur
Sur cet encombrement de cailloux
Sur le corps du chien mort d’avoir avalé du plastique
Jeté par son maître : Le vieux gardien pourri
D’un portail de fer repeint, avec des griffons, chimères
Au goût d’une jolie brune qui gratta le derrière d’un porc
Avant de l’étrangler avec sa chaîne en or
Au chant du coq



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[Image : Le blanc oiseau par reading_is_dangerous]

vendredi 18 avril 2008

FLOTTAISONS





La mer goûtait le fleuve, et l’ange
Aux ailes ouvertes m’excitait à tremper intégralement
Une feuille dans les eaux couleur de bronze
Sans tenir compte des bouts de peau, des seins
Flottaisons qui projetaient leur ombre –
Le carnaval étrange au fond du chapiteau des eaux

Les chairs livides et pleines, découpées
Colorées à la santaline et poudrées de cocaïne
Permission de préparer des canapés délicieux
Revêtus par les jours de jeûne : De jade, de cobalt
Costumes sempiternels des habitants du paradis –
Les émotions liquides des Bienheureux

La pierre la plus dure sur la tête des dragons
Émerveillés, séduits par la Danse de l’Ébullition
Le spectacle d’une artiste surnommée Pluie-d’Hiver
Dont la température du corps était une douceur vraie
Comme celle du grain de ver poli et cuisiné à la vapeur –
Les enroulas des feuilles d’eau de mer du fleuve

Les gorges pêchées de l’ange…
Les scandaleuseries fabuleuses de nos festins.



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[Image : Ange-pêcheur par reading_is_dangerous]

LES MORCEAUX LES PLUS ETRANGES DE LA VIE


Ce matin, j’ai fait ce rêve : En voiture blanche, à chenillettes, je traversais un désert froid, rocailleux, un endroit sinistre et très éloigné de la vie humaine. Je n’étais pas seul ; des scientifiques m’accompagnaient. Nous sommes arrivés à l’entrée du temple que nous avions découvert auparavant, mais que nous n’avions pas encore exploré. Cette exploration était justement l’objectif de notre mission, mais nous pressentions qu’un danger inconnu menaçait notre équipe. Je me souviens que nous hésitions à nous enfoncer dans le couloir qui menait à l’intérieur du temple. Nous fîmes néanmoins quelques pas, munis seulement d’une torche.

Nous passâmes un seuil, et puis un autre. Des bas-reliefs témoignaient de l’imagination cruelle des hommes dont les rituels avaient inspiré les décorateurs du temple. On ne voyait que des scènes de sacrifices affreux et qui exposaient l’anatomie humaine d’une façon révoltante pour une personne normale de notre époque. Il semblait qu’on avait adoré en ces lieux une divinité qui n’acceptait en guise d’offrande que les morceaux les plus étranges de la vie. Et puis devant un escalier je reconnu le masque d’un dieu qui appartient à un panthéon bien connu, mais qui, ce dieu, n’avait rien à faire là. En l’apercevant, les trois hommes qui m’accompagnaient poussèrent des cris de surprise, lesquels se transformèrent rapidement en cris d’effroi, car un passage venait de se refermer derrière nous. Nous étions prisonniers du temple !

Notre situation avait ceci d’ironique qu’elle ressemblait à celles typiques des récits d’horreur classiques – nous en avions conscience – mais il nous était interdit d’en rire, parce que notre destin ne faisait pas de doute. Nous allions mourir là, dans l’obscurité, longtemps après l’épuisement de notre torche. Je songeai (en rêve) que la peur ou la faim allait tôt ou tard s’emparer de mes compagnons, et que la folie en ferait des monstres qui se jetteraient bientôt les uns sur les autres, et sur moi aussi. Dans ces conditions, je n’avais aucune raison de souhaiter vivre davantage, mais une force irrésistible me poussa à vérifier discrètement la présence d’un canif que j’avais toujours en poche. J’avais aiguisé récemment sa lame dont l’acier était excellent, dieu merci. Et ce fut la fin du rêve.

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[Image : Un passage ordinaire par reading_is_dangerous]

LA VEINE FRONTALIERE





Le sourire d’une lame courbe et belle
Changea instantanément un grand plaisir
En larmes droites

La libération d’un prisonnier
Coûta du sang
Qu’on versa dans un cylindre en diamant
Avec de l’or, en guise de sacrifice
Pour la fermeture d’une veine frontalière

La crainte d’une explosion
Faisait l’arme ardente du retour
Comme un bras fort pour réchauffer un cou fragile



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[Image : Le rêve de l’écrevisse par reading_is_dangerous]

MEUBLE DES ETOURDIS





La saveur morte d’une langue bouclée
N’a pas d’yeux pour dessiner
Ne représente plus qu’un goût nominatif
N’a plus que la fadeur du bois, reçue
D’un cuisinier ou d’un chimiste inconscient
Lequel espère vainement laisser une senteur,
Une trace… ou de creuser un sillon dans la terre
Meuble des étourdis

La saveur morte sur l’entrelacs des papilles poétiques
N’a aucun espoir d’offrir à la conscience
Mieux que la mémoire fugace du vol d’un mordoré



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[Image : La vaine senteur par reading_is_dangerous]

jeudi 17 avril 2008

LA LENTEUR DE L'INSTANT


Chez les Pogrèmes, on disait
Qu’il ne faut jamais s’abandonner au feu
De la respiration trop rapide
Qui fait e-euh, e-euh, e-euh…

Mais renvoyer la tête, oui !
La tortue plus ou moins immobile
Debout sur le cou
À l’écart des frottements imposés aux pieds

La tête se dépense autrement : En malheur,
À toute vitesse, peu importe la lenteur
De l’instant situé entre les pas
Ou la nature du pays traversé

Chez les Pogrèmes, on disait
Que la grimace doit venir d’urgence
À la rescousse du ventre de la tête, la Face
Avant l’arrivée du grand sommeil

« Tu es dans tes pieds, » répétait Zébi – il était
Grand présentateur, grand connaisseur
Ce rayon de savoir était aussi mon seul ami
Chez les Pogrèmes, chez les Pogrèmes...

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[Image : La lenteur de l’instant par reading_is_dangerous]

L'UNIVERS SE TOUCHE



Il n’y a rien
Pas de principe
Pas d’idée
Pas de loi

Tout est absolument possible
Et l’univers arrive
Il surgit du néant qui n’a aucune raison
D’empêcher l’existence du monde

Il n’y a qu’un seul corps indivisible
Replié infiniment sur lui-même
De façon que la palpation est possible
Qui permet la connaissance de soi

L’univers se touche…

Dans l’espace comme dans le temps
Des plis, des replis
Sont placés de telle manière
Qu'on dirait une vague en mouvement

Dans l’éternité perpendiculaire au temps
Elles sont des lois, des idées
Des principes – une raison –
Il y a tout

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[Image : Chairs par reading_is_dangerous]

mercredi 16 avril 2008

L'ABSENCE DE TOI



Je t’apporterai des crayons de pierre
Des œufs de bois
Le livre d’un couteau
Du thé de bambou
Et un téléphone à dictionnaire
Qui écoute les mots
Pour leur donner du sens

Je t’apporterai la nappe de la mer
Les plis d’un sac
Une page ouverte
Une pièce endormie
Et un chameau à oranges
Qui porte en traversant les déserts
La lumière de ton cône

Je t’apporterai la carte d’une anse
Des dépliants de métal
L’écran d’une vérité
De l’encre plastique, féconde
Et un poème de météorite
Qui enseigne en tombant
La compréhension de la Chute

Je t’apporterai cela
Et même l’absence de toi
Que j’ai peinte l’autre jour
Sur mon aimant à mains --
Je me souviens beaucoup des tiennes.

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[Image: Aux abords de la citad’elle lit par reading_is_dangerous]


vendredi 11 avril 2008

LA FORCE DE TON DOS



J’ai rarement écrit pour être entendu—
La raison de mon insouciance m’échappe,
Mais aujourd’hui… bah! je pense…
Qu’il faudrait bien… enfin… dire… expliquer…

Mais…
Un train, un cargo de « mais »
Un tapis nuageux de « mais »
Des tas de « mais » me retiennent… et je n’ai…

Que ma pauvreté fidèle à t’offrir
Au creux des cailloux de mes bras pour t’emporter
Dans mes rêves où je te plie à ma guise
Et te peins en vert comme la macération de l’absinthe

À Paris, où je n’étais qu’une force
Où je croyais pourtant être l’objet ou la chose (le sujet)
Poussé par l’amour, ta richesse, laquelle pouvait bien
Prendre un train de tapis d’explications qui retiennent…

Mes bras verts au creux de la lune de tes reins sous la
Bouche des fourmis d’idées qui me refilaient des tickets
Du métro qui traversait des musées de passions
Et j’ai enfin vu : Une partie de Picasso

L’océan cuit aboutissait chaque soir dans mon assiette
Comme dans mes songes des grains de riz de toi
De Paris que je découpais en morceaux au moyen de
Ma fureur qui prenait le chemin des bois, de toi

Tu m’as donné la voie rapide des mots
Tes chaussettes vertes à rayures poussées par la chose
Et l’amour du marécage, d’un tapis de creux de cuites
La force de ton dos : Portant nos mots.

Rarement ai-je écrit pour être entendu
Je n’ai que ma pauvreté fidèle à t’offrir
T’emporterai-je donc dans mes rêves
De Congo, de Russie, à dos de serpent ?

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[Image : La verdure rose par reading_is_dangerous]

dimanche 6 avril 2008

ZUZULI

Zuzuli le dieu au ventre long
sur les trottoirs me disait
va, suivant la brise
qui souffle sur la ville,
Paris

Zuzuli le dieu au yeux à l'envers
sur les trottoirs me soufflait
va, renverse les vases, les statues, les tours
qui surplombent la ville,
Marie

Zuzuli le dieu au chantre de plomb
me risait flufluli
les gazelles depuis longtemps se sont enfuies
au-delà des steppes et des motocyclettes
Enfuies

Je suis seul avec toi Zuzuli
tu dois me dire ce que tu veux, voulais, voudrais
que je fasse de ce poignard sacré que je caresse du regard
un doigt, deux, trois, quatre, cinq, six --

j'ai trop de doigts

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