
Le pied nu sur du verre mince, au-dessus d’un gouffre, à quatre cent mètres du bord rocheux situé devant vous. Des mains griffues tombent sur vos épaules, aux ongles noirs, à la peau violacée, aux coudes terminés par des moignons de méchanceté.
Le verre a promis de ne pas céder, mais comment lui faire confiance ? Vous secouez vos quatre cent kilogrammes de chair et d’os. Vous poussez un orteil inquiet. Vous faites un pas. Les mains griffues grattent le verre, se changent en poings, frappent la surface mince qui vous soutient au-dessus de l’abîme.
Le bord rocheux. Un pied nu. Le soulier lancé au visage d’une chaussette. Les moignons de méchanceté. Les coudes en poings. Mes quatre cent kilo de fatigue. Il pleut des images incompréhensibles pendant que je peine à avancer. Des visages aux yeux noirs. Des fronts violacés. Des volcans de pleurs. Des carreaux aux poumons.
« Pourquoi écrire, » s'interrogeait un orteil, « sachant que tu ne seras pas lu ? —Écrire pour écrire comme on lit pour lire, » répondait l’abîme. Le nouvel an commence ici, sur tes épaules, au prochain pas, sur la mince surface du monde. C'est un diamant immense et plat sous la cloche du pied. Je vais sauter...
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[Image : Redemarrage par reading_is_dangerous]