dimanche 15 juillet 2007

BERTRANG-MARTING OUVRE LES YEUX (SUITE)


vous a-t-on jamais assommé ?
Avez-vous jamais assommé quelqu’un ? Étourdir un homme
Sans le tuer procède d’une juste mesure de l’acte

dans les bandes dessinées, au cinéma, dans les romans
Le héros perd souvent conscience, mais rarement la vie
En réalité, ça se passe autrement

à Kang Lo, la capitale de Zhaïlande
L’infirmier, le gardien de nuit, le policier, le soldat, le huissier
Sait estourbir correctement son client

un professionnel zhaïlandais vous allonge sans risque
Plus vite
Qu’un anasthésiste ordinaire ne saurait le faire

un maître en assommement se passe d’assommoir
Le gourdin, la matraque. . . la lourdeur de ces instruments
Ne vaut pas la légèreté de la main, du doigt, de la voix

quand le huissier Guvyan assomme le martiniste Bertrang-Marting
D’un « grand coup sur la tête » comme nous l’avons écrit plus tôt
Sa victime et lui-même sont assis, et affaiblis par l’ivresse

tous deux buvaient du vin de clou qui trouble le cerveau
Qui transforme la tête en moule à fromage. . .
Bref, Guyvan use d’un peu plus de violence que nécessaire

c’est pourquoi malgré la grande habilité du huissier, le
Martiniste a très mal au crâne quand il revient
À lui

un souvenir lui occupe l’esprit, celui du cauchemar
Dans lequel il se trouvait lié sur une moto propulsée contre un mur
De feldspath

Bertrang-Marting ressent à la mâchoire une chaleur inhabituelle
Sa langue découvre qu’il lui manque une dent, une molaire aimée
Mais creuse

« émail et os se sont évanouis tel un fantôme, » songe-t-il
Bizarrement, « dans le sombre cabinet de ma bouche, tandis
Que je dormais. »

il a perdu la mémoire de ce qui lui est arrivé en compagnie
Du huissier à la solide ossature, dans
Cette fameuse taverne, l’Intraordinaire

mais il n’a rien oublié de
La jolie Sanna, la veuve d’Adrien Létamorphe qui est mort
D’une opposition du cœur

Sanna ! Sa peau a la couleur de la racine du scorsonère
Et le parfum subtil du myosotis à l’inflorescence recourbée
Comme la queue du scorpion

Sanna ! Branche toujours jeune et tendre !
Elle n’a pas encore porté de fruit car son mari était
Stérile, cela en raison d’une sorte de scorbut congénital

Sanna ! Sa passion pour la polka, la scottish et
D’autres danses étrangères, a fait d’elle une beauté sculpturale
Au dos, aux reins, au ventre faits pour le dessin

Sanna ! C’est une ornemaniste douée pour les moulures
Une travailleuse authentique qu’aucune paresse ne ronge
Elle est prompte à construire, à déconstruire, à reconstruire

Sanna ! Le scalpel scintillant de son intuition lui a révélé
Bien des dessous cachés. Elle dit que
La philosophie n’est qu’une pénible autopsie (mais de quoi ?)

Sanna ! Selon elle, l’univers entier n’est qu’un enfant mort-né
La vie n’est que putréfaction
Décomposition, dispersion, ralentissement, arrêt

Sanna ! La santé fragile de son mari l’arrangeait
Moins il bougeait, plus elle dansait et plus
Ses moulures devenaient belles

mais Létamorphe est mort et Bertrang
Qui ne s’appelle pas encore Marting Antischolasticus
La demande en mariage. Sanna quitte précipitamment la capitale

mais pourquoi ?
Est-ce que l’innocence, la bonne foi, la candeur
Ne régissent pas les intentions de Bertrang ?

si !
Mais l’intuitive Sanna a peut-être deviné
Le destin surprenant de Bertrang

quoi qu’il en soit, elle est retournée chez ses parents
Dans le Yen Lome Lome, cette province
Située de l’autre côté du désert Instrumental

« de l’autre côté du monde, ça serait aussi bien. » songe
Bertrang-Marting qui partait à pied la rejoindre
Quand il fit connaissance avec le huissier Guyvan

« en rêve, j’allais mourir cinq secondes trop tôt. » songe
Bertrang-Marting qui ignore encore qu’il est couché
Dans le désert

quelque chose (une cordelette dorée)
Tombe soudainement du ciel dans sa main droite
Il ouvre alors les yeux


.. .. ..


Bertrang-Marting parviendra-t-il enfin à se remettre debout ?
C’est une histoire à suivre !


::: ::: :::

[Image : L’amour dans le désert par reading_is_dangerous]

5 commentaires:

  1. Ce désert Instrumental doit créer des halucinations brèves mais violentes chez Bertrang-Marting, peut-être qu'un remède de Kenyshlap à base de cellulose poivré le remettrait d'aplomb, mais j'ignor si cela se fait dans la région.

    La cordelette est peut-être une clef, un message ?

    bonne continuation

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  2. ... ou peut-être une potion magique issue de la racine du scorsonère?

    Évidemment, Marting parviendra à traverser ce désert de boue. C'est une histoire à suivre et non une histoire à dormir debout...

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  3. Our hero
    has had his tooth knocked
    has been to many places
    has met many characters

    He has been intoxicated
    been struck, weakened
    his memory disturbed

    But the image of the widow
    Sanna burns brightly in his mind

    The way he thinks of Sanna
    speaks of the depth of his feelings
    for her

    but
    Sanna knows
    intuitively that it wasn’t
    an opportune time to accept

    He holds these thoughts
    as he lies in the desert

    as

    //something (a gilded cord)
    Fall suddenly from the sky in its right hand
    It opens the eyes then//

    Does this image connect with the
    title of the drawing: “Love
    In the desert?”

    ===
    There is so much
    in the drawing that speaks
    to my heart

    Excellent writing and art work!

    ~E.

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  4. L’excès de vin de clou provoque hallucinations supraordinaires et paranoïas mentales et téléportations instrumentales en moins de cinq secondes.
    La faculté Zhaïlandaise conseille un repos divinatoire en trempant ses pieds dans de la pulpe de cactus imberbe et terminer la cure en suçant 3 cailloux.

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  5. the gold atom
    it is there ~ i see it

    E.

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