dimanche 1 mars 2009

LA CARESSE D'UNE BRISE INFORMEE



C’est un dimanche gris
Dans la lumière vieille d’une fenêtre
Dans le crépitement monotone du silence
Dans le cœur, entre les doigts de pied

C’est, nue dans l’hiver
La fin de février
Un début de mars, une fièvre
Quand tu penses : « Le temps a assez duré. »

C’est la réponse à une question inconnue
Un ongle de colère sur la peau de l’âme
Du sang qui tourne en rond
Un être aimé ou un simple tourbillon

C’est le parfum du cou
Ta chaleur plus chère que la mienne
Un dernier matin trouvé sur tes lèvres
Quand tu me dis : « Le temps s’arrête ici. »

C’est la vie nous sachant nous-mêmes déjà morts
La pointe d’une flèche entre tes reins
Les flots d’une rivière à l’entrée des poumons
Une écrevisse charriant des yeux

C’est une cloche dans l’eau de l’air
Sa vibration sonore à la surface de la pensée
Un battant de fer sur le bronze de la foi
Quand tu chuchotes : « Prends mes mots ! »

C’est la fenêtre froide d’une maison sourde
Un mois muet
Quatre dimanches abandonnés aux orteils
Dans la bouche d’un suçon de soleil

C’est la finesse d’une dérobade devant la hache
La taille blanche d’un boulot qui tremble
La caresse d’une brise informée
Quand tu me souffles : « Tiens, le mur de l’espace ! »


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[Image: Dans la lumière vieille d'une fenêtre par reading_is_dangerous]

samedi 24 janvier 2009

COMMENT GIFLER LA TABLE



Un papillon de verre
Brisé contre le jour honni
Ses ailes tendres déposées
Au pied du rêve de la nuit

Dans la cabane du pêcheur
La chaleur domestique au cou
Un loup-garou sur son lit déchiré
Ses pattes enlevées aux jambes

Ô! Misère des vertèbres repoussées
Par la prière d’une salamandre insérée
Dans la boule d’un soleil méchant
Un piège diabolique, à cerf-volant

Comment gifler la table
De tes mensonges, de tes viols
Et écraser du plat de la main
Le vairon de ta conspiration?



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[Image: Dragon plat par reading_is_dangerous]

jeudi 22 janvier 2009

LA TRANQUILITE D'ESPRIT



Dans un wagon de métro, aujourd'hui, à l'heure de pointe, alors que je rentrais chez moi : Un voyageur endormi. Il n'appartenait à personne, et c'est presque monstrueux d'y penser.

La place manquait aux passagers, mais on souriait de bon cœur : C'était merveille à voir.





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dimanche 18 janvier 2009

DANS L'OUBLI, LA MEMOIRE




Trois livres sur la table
Une ceinture
Une télécommande
Et un cure-dent

Je pourrais me piquer avec sa pointe
Revoir la couleur du sang
Ecrire des mots en rouge
Un par livre

En trois mots un récit
« Ceinture d’eau »
On en ferait un film léger, mais plat
Une provocation pour la télécommande

Sur une eau de sang, la poitrine d’un canard
Dérivait vers les boutons de lait
D’une jeune fille, la prisonnière d’un château
Où l’on retenait aussi, dans l’oubli, la mémoire


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[Image : Pli d'oubliette à colorier par reading_is_dangerous]




NOS POUMONS TREMBLAIENT




C’était un disque de haine concentrée que lançait au loin le bras d’un robot désensibilisé, qui ne connaissait rien à part la distance d’ici à Saturne, et l’emplacement immuable de ce monde de plomb.

Notre robot buvait souvent du lait chaud. Il écoutait souvent la mélodie nostalgique d’une flûte japonaise. Il se promettait souvent d’aller un jour à Nagasaki pour s’y reposer en balayant des feuilles mortes.

C’était un robot à lunettes, un pauvre myope forcé au travail qu’il tenait en horreur. « Saturne est là-bas » affirmait-il en feignant d’y croire. Il envoyait le disque de haine concentrée au loin, haut dans les airs, un par colon. La chose ignoble disparaissait avant de retomber plus loin.

Et alors... Écrasements ! Explosions ! Frisettes et bicyclettes, chaussettes et assiettes... Nos poumons tremblaient.



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[Image : Grille de conscience par reading_is_dangerous] Paris, à l'automne dernier




LA CLEF DES VERITES DEJA CONNUES



Doigts gras des pigeons sur la neige
Rouleaux comme des murs d’isolation
Gardiens des plumes, oreillers à l’abri
Les cristaux de froid attendent le printemps

Prisonniers du temps, ils rêvent à toi
Jolie brune aux yeux de cuir, aux cils à pattes
Comme des lettres tracées à l’encre ancienne
Avant les écrans de disparition

Neige sous les doigts, pigeons aux cœurs gras
Pansement de lune en coton pour ces enfants
Dont les bras en abandonnant des lapins d’innocence
Lançaient des signes : « Une trêve n’est pas la paix. »

Pigeons de graisse aux doigts de neige
Ils croient à la bonté d’une rose – elle leur jette du pain
Bénies donc soient ces miettes !
Qu’on ne les picorent pas en vain !

Tout a déjà été dit ; le poète le redit autrement
Cherchant le chemin d’une vérité inexplorée
Qui serait la clé—pigeon sur neige
Ma jolie brune—la clef des vérités déjà connues



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[Image: Le passage de la petite cosmonaute par reading_is_dangerous]

ORGIE DES MOTS



Des verbes se démènent dans tous les sens
Jouissant de savoir ce qu’ils font

Les adverbes en souffrent souvent un peu trop
On abuse en particulier des interjections. Oh !

Il faut une bonne heure pour traverser la pièce
Tant les moteurs de l’action vous appellent...

Ils veulent ces plaisirs aux sens cachés
Qui jaillissent tôt ou tard : Les sujets des objets


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[Image : Les objets des sujets par reading_is_dangerous] Au GUM. Goum, acronyme de Glavniy Universalniy Magazin (en russe ГУМ, Главный Универсальный Магазин), c’est-à-dire Magasin principal universel. C'est un centre commercial situé sur la place Rouge, à Moscou. La structure du toit, en partie visible dans la photo, fut inventée par Vladimir Choukhov.





samedi 17 janvier 2009

AU BOUT D'UNE PLUME D'IMPERMEABILITE



Le canard et sa Dame, coin-coin
Dévorés depuis l’estomac, des jus
Poussaient des palmes, des membranes
Contre l’univers entier, Dieu inclus

Il n’y a pas eu de Big Bang, on le sait
Le soleil n’est pas une boule de feu, attention !
Les trous noirs restent introuvables, ah ! ah !
Un simple aimant bat l’attraction terrestre

Chaque jour en pensée je me jette au loin
Le téléphone en premier, gardien de prison
Le portefeuille ensuite, yes sir!
Et puis mes bottillons et moi, hop !

Je nage comme une patte dans l’eau frisée
Je perçois enfin la structure du ciel, des jointures
Je trouve finalement ma place, un pou d'eau
Au bout d’une plume d'imperméabilité



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[Image : Moscovites par reading_is_dangerous] Aujourd'hui

C'EST CELUI QUI LE DIT QUI L'EST



Une mélodie dix mille fois fredonnée
Assure sa survie comme le fait un virus
Plaçant les choses, disposant la matière
Pour que demain sache bien hier

Les mots sauvages se multiplient
Les lettres expériment avec les formes
Les sons s'effacent derrière l'idée du son
Et l'or gagne le coeur des fleurs

La nature virale de la poésie
Dit la vie réelle du poème
Dit la poésie vraie de la vie
Dit l'essence unique de la Création

Il était une fois une Poudrée de colère
Qui ne connaissait apparemment de sa main nue
Nul autre usage que ces besognes ordinaires :
Décrottage du derrière, frottage du devant


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[Image : Avion de blanc papier par reading_is_dangerous]

LA BERCEUSE DE VIE



Belles musiques, caresses angéliques
Guérissent blessures infligées par le fil
Des lames des lamies crachées au monde
Par le con des caves de peur et de haine

Génie de sculpture, être moral, humain
Tu donnes jour à la pierre pour qu'elle chante
Fais des pieds à la terre pour qu'elle danse
Au rythme d'une berceuse de vie, la mer



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[Image : La berceuse de vie par reading_is_dangerous]

DU SOLITAIRE DANS SON VAISSEAU DE BOIS



La folie nous pousse sur les glaces minces
Du désespoir à la poursuite des bouquets de l'amour
Emportés par des bourrasques de réalités pratiques
Nées de nos imaginations contraintes

Ton cri ressembla à celui du verre brisé ;
Dans ta bouche soudainement une nuit sonore ;
Un trou d'eau froide voulait t’épouser
Lorsque tu m’appelais à l’aide : « Petit soleil ! »

La conséquence de la folie est encore la folie,
Une critique de la raison pure,
Une écharde de malheur dans la peau des jours
Du solitaire dans son vaisseau de bois.



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[Image : L'écriture par reading_is_dangerous]

vendredi 16 janvier 2009

LES NOMS DE LEURS IDENTITES BRULANTES



Israël en Afrique
Tombait dans une nuit de plomb

Ses soldats aux yeux de velours
Pleuraient des larmes phosphatées

Les guerriers soupiraient à l’entrée
Des bouches criantes du sol

Des intérieurs de soi hurlaient
Les noms de leurs identités brûlantes

Au retour, les tueurs pissaient la mort
Quatre milliards d’années durant !

Là, un vieillard assis, de son index nu et Noir
Écrasait tristement des fourmis bleues



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[Image : Etoile de mer apprivoisée par reading_is_dangerous]

LES CHEVEUX AILES DE TES CUISSES



Une caresse à trois doigts, chimère
Portait trois goûts : Salé, sucré, amer
Des prélèvements, les suites d’une jambette
Aération des saveurs chaudes

Pendant ce temps, une hyène riait
Entre la paume et le dos de ma main
Au milieu des osselets, hi ! hi ! hi !
Elle ne craignait plus la faim

Les cheveux ailés de tes cuisses
Miniaturisent des steppes de beauté
Me voici donc : Le Hollandais volant
Un revenant de papier jeté à tes pieds



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[Image : Distributeur à goûts par reading_is_dangerous]

LA GENESE DU PRINTEMPS



Le mot naît par la tête
Par une plaie ouverte
Et toujours gardée par un Dragon
Langue de feu savante, ignare

Je me tourne contre cela
Qui est venu, passé
Devant moi : hier
Et derrière moi : demain

Ton parfum de pudeur
Annule le poids des écrits reportés
Entre tes épaules, j’ai trouvé
La genèse du printemps



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[Image: L'agneau aux reins par reading_is_dangerous]

LA ROSE D'UN LAPIN DE LUNE



Les âneries du lapin
Font peur au tigre mou

Sur ton cou de l’eau de crise
Glisse vers le bas, devient une sève

Cette boule de sucre dans ta main
Colle au jour, une nouvelle striée

Du tigre, de sa robe arrachée, emportée
On fait une moquette de luxe pour tes fesses

Mon amour, regarde ! Ce bourricot a des bras
Au bout des oreilles

Ainsi l’animal porte les morceaux brisés du ciel
Sous la voûte d’une rétine terrible...

La rose d’un lapin de Lune
Je te mâchouillerai demain.



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[Image : La Cachette par reading_is_dangerous]

DU DESSUS




Dessous le feu, dans les doigts
La lingerie ultime du soleil
Des tourbillons érotiques dans l’éther
La trace des arabesques

Le dessin du visage, une goutte de fer
Le portrait du dieu évadé
La prison du corps, la chair, une planète
Sa peau brisée par une caresse

Je suis issu de moi, Vivant
Je me suis quitté, un souffle
Pour mordre à ton âme, la flamme
Du dessus.



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[Image : La Lune, détail d'une icône] r_i_d, à Moscou, Jan. 2009

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