vendredi 27 juillet 2007

L'OR INDETECTABLE


après le décès d’Adrien Létamorphe, victime d’une opposition au
Cœur, la veuve Sanna, âgée seulement de vingt-quatre ans, liquide
Carrément sa succession

cela comprend un bel appartement dans le quartier appelé ledos, plus une
Collection de voitures luxueuses vendues à leur juste valeur, et une antique
Clepsydre cédée à un gros détective

ce qui profite le plus, c’est la vente de l’entreprise d’exportation
De peaux de figues et d’autres expansions dont le commerce avait été
Développé par le père Létamorphe, le vieux Normangues

celui-ci avait débuté modestement par le négoce de bouts de ceci et de
Pousses de cela qui procuraient des visions fantasmagoriques, « qui
Permettent à l’homme de s’espionner lui-même » expliquait le vieux

c’est lui qui fait l’acquisition de l’antique clepsydre qu’il rapporte
Nerveusement suite à sa rencontre avec un mystique anonyme que
Normangues Létamorphe surnomme le « Chat de Chasse »

« cette horloge à l’eau me fut offerte par un chat de chasse. » racontait le
Vieux aux rares personnes à qui il montrait la chose gardée sous une cloche
Ventrue, de crystal, et posée sur un pied de feldspath

il ne regardait jamais la machine sans frissonner, sans que des tâches
Bleuâtres apparaissent sur son
Blanc visage (quelques heures suffisaient heureusement pour les effacer)

Sanna est contente de se débarrasser de l’inquiétante antiquité
Disons qu’elle avait aimé le vieux Normangues, mais pas sa vieille horloge
Dont le goutte à goutte entendu une seule fois l’a littéralement dégoûté

huit jours après la disparition de son mari, la veuve reçoit la
Carte de visite d’un certain Richard Artwater, détective
C’est un gros homme qui se déclare intéressé par la clepsydre

il dit que le vieux Normangues lui a montré l’horloge
Précieuse quand il était petit
« Papa était ami du père de votre défunt époux. » explique Artwater

la veuve demande une certaine somme en zollaros
Le détective lui en propose le double en or indétectable
L’affaire est vite conclue

l’or indétectable est idéal lorsqu’on voyage ou
Qu’on déménage d’un pays à un autre comme c’est le cas de Sanna
Qui quitte Kang Lo (la capitale zhaïlandaise) avec ce métal glissé sous la peau

elle prend l’aérotram électrique et survole en silence
Plusieurs territoires sauvages
Parmi lesquels le désert Instrumental

elle arrive à Fong Ta, la capitale du verdoyant Yen Lome Lome où l’
Accueille toute sa famille : son père, sa mère, un frère et deux sœurs
Ainsi qu’une bande d’oncles et de tantes, de cousins et de cousines

« ma pauvre fille, te voilà veuve. » dit Mozhi, le père de Sanna qui
Est chef fontenier à la retraîte. C’
Est un homme doux et insaisissable, mais généreux

« ma pauvre fille, te voilà riche. » dit Sylva, la mère de Sanna qui
Est une lainière encore active. C’
Est une femme lucide, mais avare

« ma pauvre Sanna, te voilà revenue. » dit Kanzhi, son frère qui
Est simple relayeur. C’
Est un garçon intelligent, et un joueur habile aux cartes

« notre pauvre sœur, te voilà réalisée. » disent Pizza et Fizzy qui
Sont sœurs jumelles, soeurs de Sanna. Toutes deux
Sont à moitié folles, mais talentueuses figuristes

nous ne présentons pas ici le reste de la famille car
Cela nous obligerait à ajouter trop de noms à
Cette liste déjà longue des personnages de notre récit

disons seulement que du côté du père, on travaille honnêtement
Comme effaneurs, à part Oncle Eibho qui est
Chroniqueur spécial pour un journal exotérique, Le Cercle Vivant

du côté de la mère, on est traditionnellement contremaître, sauf les femmes
Qui sont toutes lainières et avares comme Sylva, et
Qui n’obéissent qu’à leur patriache qui fut autrefois édile de Fong Ta

tout ce monde sauf l’ancien édile est venu à l’aéroport
Ceux-ci par sentiment
Ceux-là par ambition, sachant que la jeune veuve a de l’argent

or, le voyage en aérotram fatigue les nerfs, cela en raison
Des nombreux risques : les avions pirates, les
Déserteurs de l’Infanterie des Airs, les monstrueux corsets volants

à l’arrivée
Il y a aussi la pénible attente pour la récupération des bagages
Il y a aussi l’interrogatoire mené par d’intuitifs douaniers

ce n’est donc pas surprenant, avec toutes ses gens (les lainières surtout)
Qui se pressent vers elle,
Que la voyageuse épuisée perde connaissance

on enmène d’urgence l’évanouie à la demeure familiale
Haute de trente mètres, et comptant dix étages ; au dernier se trouve,
Hélas ! sa chambre de jeune fille ; il n’y a pas d’ascenseur

le doux Mozhi porte sa fille inconsciente jusqu’au troisième étage
Puis, c’est le frère, Kanzhi, qui porte sa sœur jusqu’au septième
Puis, c’est l’oncle, Eibho, qui porte sa nièce jusqu’au dixième

on laisse l’évanouie dans son lit
Aux soins de Pizza et Fizzy qui s’endorment néanmoins
Aux douze coups de minuit

dans la nuit, Sanna ouvre les yeux. Sait-
Elle où elle est ? Elle se lève et va jusqu’au balcon d’où
Elle tombe sans qu’on sache pourquoi, dix étages, mais sans se tuer

le choc qui suit la chute plonge la jolie veuve dans un coma
Qui dure depuis un an, jour pour jour, quand Bertrang-Marting
Qui veut l’épouser, mais qu’on a assommé, ouvre les yeux (nous l’avons dit plus tôt)




C’est une histoire à suivre !


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[Image : Coma par reading_is_dangerous]



Adrien Létamorphe
!
Adrien Létamorphe est mort
Opposition au cœur
Opposition au cœur l’a tué

Adrien Létamorphe !
Ta veuve, la jolie Sanna
A vingt-quatre ans, s’en va pour s’amuser
Ta veuve, on voudra l’épouser


Adrien Létamorphe !
Adrien Létamorphe est mort

Opposition au cœur
Opposition au cœur l’a tué


(fragment d’une plainte chantée par la vieille Archelle, une voisine du défunt)

mardi 24 juillet 2007

MORAILLON, GOURGON, PALACHE


depuis mille deux cent trente-neuf ans, le général Steccata
Attend le retour d’un être de gélatine bleue nommé Pango qui
A promis de lui régler son compte

le général est resté seul dans le désert Instrumental
Où les cent mille hommes de son armée
Ont péri atrocement (nous l’avons raconté plus tôt)

Steccata habite les environs d’un temple oublié, le Réservoir
C’est un édifice de trente mètres de hauteur, visible à des
Lieues à la ronde, mais personne ne va jamais dans cette direction

une eau ambroisiaque ruisselle sur le parvis du temple
Ainsi s’explique l’extraordinaire longévité du général
Cependant il n’a rien à manger et personne à qui parler

on imagine son émotion à la découverte d’un inconnu qui
Gît inconscient près du temple
« Le manger cru ou lui parler ? » hésite le général

en vérité, il n’est pas assuré de pouvoir ni manger ni parler
Car le passage des siècles lui a
Rétréci l’estomac et engourdi la langue

« se méfier de l’inconnu. » se dit Steccata qui
N’est pas un lâche, mais il ne va pas risquer de trouver
La mort aux mains du premier venu

« le ligoter avec ma ceinture d’argent. » se résout-il
Il peine toutefois à se remémorer la manière de
Déboucler l’ardillon

soit dit en passant, le général est nu
Sauf à la taille, jusqu’à ce qu’il enlève
Sa ceinture pour attacher les jambes de l’inconnu

Steccata laisse à l’autre l’usage de ses mains (plutôt que des pieds)
Parce que lui-même est obsédé
Par l’idée de quitter les lieux

c’est bien sûr le résultat d’avoir passé
Quatre cent cinquante-deux mille cinq cent cinquante-neuf jours
Au même endroit, dans un désert

au début, en attendant Pango
Le général essaie de pénétrer le temple
Dont l’unique porte est fermée à clef

espérant trouver quelque chose pour
Crocheter la serrure, il fouille les
Cadavres abandonnés de ses soldats morts non loin

il rapporte tout un attirail :
Moraillon, gourgon, palache, émouchoir, pétail, bélulque, puchet
Mais rien ne lui permet de déverrouiller la porte

Steccata ne connaît donc du temple que ses
Quatre murs polis
De feldspath

or
Dans le désert Instrumental vivent d’horribles bestioles
L’érigne nocturne aux pinces cruelles, et l’entortillonette

mais, mystère ! L’érigne qui rame dans la nuit
Éclairée par deux tristes lanternes, ses yeux
Ne s’approche pas du temple Réservoir

et l’entortillonette qui vient vient parfois caresser l’homme endormi
De ses mains terminées par des suçoirs avides (de sang)
Ne vole jamais au général une seule goutte (de sang)

cette quasi solitude et le silence continuel
Agissent pendant des millions d’heures
Sur la raison de Steccata

raison qui abhorre naturellement le vide, le néant, l’absence
Tout cela qui ne donne prise à rien
Qui accentue l’isolement (cette terrible impression d’isolement)

luttant contre la folie, le
Général étudie la carte des étoiles, et puis les tourbillons de sable
« Il n’y pas de coïncidence, » réfléchit le militaire, « qui ne soit pas un signe »

le vent pousse-t-il vers lui la carcasse d’un lézard ou
Un bouquet de fleurs séchées, que Steccata pense : « Ceci
Est le signe de cela que le désert veut. »

le désert veut
Sa volonté lui donne vie, l’anime
Dès lors, le général n’est plus seul

entre l’homme et sa divinité s’engage une
Conversation semblable à
Celle du ventriloque avec son pantin

« ton désir est mon vouloir. » dit une voix intérieure
La voix de l’homme dans le désert ou
La voix du désert dans l’homme

Steccata croit qu’il est le désert incarné
« Voilà le désert, mon père. » pense-t-il en contemplant le paysage
« Voici son fils Intrumental. » pense-t-il en admirant son nombril

quant à l’Esprit du désert, selon le général, il pourchasse
Par delà l’horizon un diable bleu :
Pango

« traîner maintenant l’inconnu à l’ombre des murs du temple. » songe Steccata
Qui saisit les pieds attachés de l’homme inconscient
Lequel (on l’aura reconnu) est Bertrang-Marting Antischolasticus

mais le soleil vascille et le général lève la tête
Il voit une cordelette dorée qui tombe du ciel dans la main droite
De Bertrang-Marting qui ouvre alors les yeux


.. .. ..


Le général va-t-il manger cru Bertrang-Marting Antischolasticus ?
C’est une histoire à suivre !


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[Image : Portrait de la veuve Sanna (ébauche) par reading_is_dangerous]

mercredi 18 juillet 2007

LE GENERAL STECCATA


dans le désert Instrumental s’élève un temple oublié
L’édifice est visible à des lieues à la ronde
Mais personne ne va plus dans cette di

le général Steccata est le dernier à s’y rendre
Quand il va y chercher son épouse qui a fuit avec un caporal
Mais ces deux-là sont partis dans une autre direction

voilà exactement mille deux cent trente-neuf ans
Le général Steccata entre dans le désert avec son armée de
Cent mille hommes qui vont tous périr

les pauvres soldats subissent d’abord la colère du soleil
Qui tolère mal qu’on brave ses rayons
Quelle que soit l’époque ou le méridien

la nuit froide fait des tas de refroidis
Parce que l’armée de Steccata campe sans couverture
Parce que ses couverturiers ont déserté

la soif élimine à elle seule une bonne moitié des troupes
Les déserts, c’est connu, sont chiches de leurs eaux
Ils les gardent cachées, au cas où . . .

au cas où on bâtirait un temple, par exemple ce
Temple oublié (que nous n’oublions pas)
Où l’on trouve une eau extraordinaire, on le saura bientôt

des mirages enlèvent à Steccata de nombreux hommes
Qui croient voir des magasins, des boutiques fantastiques, des
Usines à boissons gazeuses aux propriétés merveilleuses

des escouades entières avec leur brigadier
Courrent inutilement vers l’horizon trompeur
On leur tire dessus en vain pour les faire revenir

dans ce désert, certaines illusions abusent de l’ouïe
Laquelle est certainement le point faible du système nerveux
Les pauvres soldats entendent donc des voix

une voix grave répète que pour vivre, il faut tuer son prochain
Une voix nasillarde rappelle qu’il faut faire des sacrifices
Une voix aiguë accuse les vivants d’être encore en vie

« Untel vole ta ration d’eau. » affirme une voix claire
« Untel crache dans le tonneau. » insinue une voix douce
« Untel est de trop. » chuchote une voix sensuelle

le pauvre soldat qui prête l’oreille à ces mots ignobles
Attaque tôt ou tard deux ou trois de ses compagnons d’armes
Avant de finir massacré par le reste de sa compagnie

l’armée du général Steccata se trouve réduite à trois cent hommes
Épuisés, assoiffés
Quand d’horribles bestioles surgissent du désert

la première qui soupe d’hommes de troupe, de calabrin perdu
Nous avons dit son petit nom plus tôt
C’est l’érigne nocturne aux pinces cruelles

l’érigne ! Son corps est une noire nacelle
Munie de huit pattes longues et fines, qui avancent en ramant
À la lueur de deux tristes lanternes, des yeux

l’érigne ! Elle prend sa proie à l’aide d’un rets
Qu’elle forme à partir d’une substance tirée de son corps, et
Qu’elle sait jeter loin d’elle, à des mètres de distance

l’érigne ! En deux jours, elle capture onze hommes
Qui sont découpés en morceaux sans qu’on ne puisse rien faire
Le monstre s’en va ensuite, en ramant et en rotant

plus meurtrières sont les attaques de l’entortillonnette
Cette créature suce le sang de deux cent onze piquiers
Pris, pour la plupart, par la langue

on dit que l’entortillonnette est une femme invisible
Aux mains comme des tentacules incroyablement agiles
Et terminées par un suçoir avide

un soldat ouvre la bouche, et hop ! Quelque chose
Lui saisit brusquement l’organe de la parole et l’entraîne
Hors du camp, dans un silence effrayant

un être de gélatine bleue tue soixante-dix-sept des survivants
Dix-neuf sabrés
Dix-sept questionnés

treize mâchés
Onze K.-O.
Sept guillotinés

cinq étrippés
Trois congelés
Deux brossés à mort

le général Steccata reste seul debout
Face à l’être de gélatine bleue qui lui dit : « Je suis Pango.
Va à ce temple oublié, là-bas, et attends mon retour. »

« tue-moi plutôt ! » dit Steccata qui n’est pas un lâche
« Plus tard. » dit Pango qui disparaît
Le général va au temple oublié : le temple Réservoir

c’est un édifice haut de trente mètres
Visible à des lieues à la ronde
Sur son parvis coule une eau ambrosiaque

depuis mille deux cent trente-neuf ans, le général Steccata attend Pango
Quand il aperçoit une cordelette dorée tomber du ciel dans la main droite
D’un inconnu inconscient qui ouvre alors les yeux


.. .. ..


Quel destin attend le général Steccata ?

C’est une histoire à suivre !

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[Image : Le général Steccata et le temple Réservoir par reading_is_dangerous]

dimanche 15 juillet 2007

BERTRANG-MARTING OUVRE LES YEUX (SUITE)


vous a-t-on jamais assommé ?
Avez-vous jamais assommé quelqu’un ? Étourdir un homme
Sans le tuer procède d’une juste mesure de l’acte

dans les bandes dessinées, au cinéma, dans les romans
Le héros perd souvent conscience, mais rarement la vie
En réalité, ça se passe autrement

à Kang Lo, la capitale de Zhaïlande
L’infirmier, le gardien de nuit, le policier, le soldat, le huissier
Sait estourbir correctement son client

un professionnel zhaïlandais vous allonge sans risque
Plus vite
Qu’un anasthésiste ordinaire ne saurait le faire

un maître en assommement se passe d’assommoir
Le gourdin, la matraque. . . la lourdeur de ces instruments
Ne vaut pas la légèreté de la main, du doigt, de la voix

quand le huissier Guvyan assomme le martiniste Bertrang-Marting
D’un « grand coup sur la tête » comme nous l’avons écrit plus tôt
Sa victime et lui-même sont assis, et affaiblis par l’ivresse

tous deux buvaient du vin de clou qui trouble le cerveau
Qui transforme la tête en moule à fromage. . .
Bref, Guyvan use d’un peu plus de violence que nécessaire

c’est pourquoi malgré la grande habilité du huissier, le
Martiniste a très mal au crâne quand il revient
À lui

un souvenir lui occupe l’esprit, celui du cauchemar
Dans lequel il se trouvait lié sur une moto propulsée contre un mur
De feldspath

Bertrang-Marting ressent à la mâchoire une chaleur inhabituelle
Sa langue découvre qu’il lui manque une dent, une molaire aimée
Mais creuse

« émail et os se sont évanouis tel un fantôme, » songe-t-il
Bizarrement, « dans le sombre cabinet de ma bouche, tandis
Que je dormais. »

il a perdu la mémoire de ce qui lui est arrivé en compagnie
Du huissier à la solide ossature, dans
Cette fameuse taverne, l’Intraordinaire

mais il n’a rien oublié de
La jolie Sanna, la veuve d’Adrien Létamorphe qui est mort
D’une opposition du cœur

Sanna ! Sa peau a la couleur de la racine du scorsonère
Et le parfum subtil du myosotis à l’inflorescence recourbée
Comme la queue du scorpion

Sanna ! Branche toujours jeune et tendre !
Elle n’a pas encore porté de fruit car son mari était
Stérile, cela en raison d’une sorte de scorbut congénital

Sanna ! Sa passion pour la polka, la scottish et
D’autres danses étrangères, a fait d’elle une beauté sculpturale
Au dos, aux reins, au ventre faits pour le dessin

Sanna ! C’est une ornemaniste douée pour les moulures
Une travailleuse authentique qu’aucune paresse ne ronge
Elle est prompte à construire, à déconstruire, à reconstruire

Sanna ! Le scalpel scintillant de son intuition lui a révélé
Bien des dessous cachés. Elle dit que
La philosophie n’est qu’une pénible autopsie (mais de quoi ?)

Sanna ! Selon elle, l’univers entier n’est qu’un enfant mort-né
La vie n’est que putréfaction
Décomposition, dispersion, ralentissement, arrêt

Sanna ! La santé fragile de son mari l’arrangeait
Moins il bougeait, plus elle dansait et plus
Ses moulures devenaient belles

mais Létamorphe est mort et Bertrang
Qui ne s’appelle pas encore Marting Antischolasticus
La demande en mariage. Sanna quitte précipitamment la capitale

mais pourquoi ?
Est-ce que l’innocence, la bonne foi, la candeur
Ne régissent pas les intentions de Bertrang ?

si !
Mais l’intuitive Sanna a peut-être deviné
Le destin surprenant de Bertrang

quoi qu’il en soit, elle est retournée chez ses parents
Dans le Yen Lome Lome, cette province
Située de l’autre côté du désert Instrumental

« de l’autre côté du monde, ça serait aussi bien. » songe
Bertrang-Marting qui partait à pied la rejoindre
Quand il fit connaissance avec le huissier Guyvan

« en rêve, j’allais mourir cinq secondes trop tôt. » songe
Bertrang-Marting qui ignore encore qu’il est couché
Dans le désert

quelque chose (une cordelette dorée)
Tombe soudainement du ciel dans sa main droite
Il ouvre alors les yeux


.. .. ..


Bertrang-Marting parviendra-t-il enfin à se remettre debout ?
C’est une histoire à suivre !


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[Image : L’amour dans le désert par reading_is_dangerous]

vendredi 13 juillet 2007

BERTRANG-MARTING OUVRE LES YEUX


le périmètre des vieux murs de Kang Lo, la capitale zhaïlandaise
Dessine une forme scorpioïdale bien connue
Des habitants de la cité, des touristes et des amateurs de cartes

imaginez la queue recourbée d’un scorpion ;
Le dard indique l’emplacement du palais royal, l’extraordinaire
Phoquerzitronne bâti en bois de chêne jaune de Pennsylvanique

suivant l’abdomen imaginaire, allant vers l’autre extrémité
On traverse successivement cinq quartiers (si l’on peut dire)
clavecin, ledos, les-troupes, porte-musc et les-balles*

à clavecin, on est généralement bien né
Quoique dans une société un peu croulante et
Qui aurait sans doute besoin d’une bonne saignée

dans ledos, on profite d’une condition mitoyenne
« Ni riche, ni pauvre » est la devise des Ledossards
On y trouve des maisons de banque et de commerce

à les-troupes, se sont plutôt des maisons de plaisance
On dit d’ailleurs : à tire-les-troupes ; outre quelques exubérances
La population s’y tient sagement en rangs

à porte-musc, ah ! ah ! Ça sent. . .
Les femmes se peignent le visage de cramoisi
Mais se défendent avec leurs pieds blancs. . . Oh ! oh !

à les-balles, on serre des provisions de Zhaïlandais
Qui blâment d’injustice la Fortune, mais qui vous tuent
Demain ! Sans s’inquiéter d’en recevoir jamais le prix

hors des vieux murs de Kang Lo, on compte vingt faubourgs
Parmi lesquels cloche-lucain ; c’est le plus à l’ouest
On y va par les-troupes en passant la Porte des Désintéressées

cloche-lucain vit officiellement de la vente des épines, des
Ronces et du bois blanc
On y pratique aussi l’art du « crochetage hermétique »

ce crochetage, cette science permet d’ouvrir avec effraction
Les fermetures soi-disant parfaites, par exemple les
Portes réputées infranchissables du rêve

on dit là-bas que tout problème est forcément résoluble
De l’intérieur puisque pas besoin de clef ! Si bien que
De nombreuses maisons à cloche-lucain n’ont pas d’entrée

nous-mêmes
N’avons nullement besoin de passer un portail pour visiter
N’importe quelle demeure

en voici une, la belle maison « Pitsen »
Reconnaissable à la cordelette dorée qui ceint ses murs
De feldspath

ce n’est en réalité qu’une seule et vaste salle
Mais divisée en deux par un mur spécial
De feldspath

l’une des deux chambres est vide
C’est la « salle désinvolture »
Où le maître de maison ne vient que pour se reposer

l’autre chambre est celle du « chien qui veille »
Elle sert à la méditation ainsi qu’à tout autre exercice un peu
Exigeant

sur des tapis zhaïlandais typiques
Anciens, du moyen âge
Trois personnages sont assis dans la position de l’Ancre

l’un d’entre eux, nous en avons parlé plus tôt
C’est cet homme bien charpenté, le huissier Guyvan
Il semble de bonne humeur

un autre est un être de gélatine bleue : monsieur Pango
Cette créature étrange peut empêcher l’arrivée de tout intrus
Ou presque

le troisième homme est un grand maître Crocheteur hermétique
Il n’a pas de nom, mais on l’appelle Tsyopa Maga
Il est Celui-Qui-Parle-Comme-Du-Verre-Qu’On-Pille

dit Tsyopa Maga :

be
rtra
ngma
rti
nga
nti
scho
la
sti
cu
sfa
i
tpre
u
ve
do
pti
mi
sme

« renaissance. » dit monsieur Pango
« Rhabillage. » dit le huissier Guyvan
« Ric-à-ric. » dit monsieur Pango

« le sillet. » dit monsieur Pango
« Arraché. » dit le huissier
« Simbleau. » termine Pango

dehors, la cordelette dorée qui ceint la belle maison « Pitsen »
Se détache d’elle-même
S’envole aux vents

elle survole une forêt d’épines, de ronces, de bois blanc
Puis une région de collines habitées par des
Cannibales aux mains toujours poisseuses de sang

elle survole la moitié d’un désert blanc, l'Instrumental
Descend vers les ruines d’un temple oublié, et puis se pose enfin
Sur la main droite d’un homme couché qui ouvre alors les yeux


.. .. ..


Comment expliquer le réveil de Bertrang-Marting au milieu du désert Instrumental ?
Qui sont réellement le huissier Guyvan et ses deux étranges compagnons ?
Quel est ce temple oublié ?
C’est une histoire à suivre !


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[Image: Dans les collines par reading_is_dangerous]

*les noms des localités zhaïlandaises s’écrivent sans majuscule sauf celui de la capitale.

mardi 10 juillet 2007

LA DELICATESSE DE LA VIE


Bertrang-Marting Antischolasticus rêve
Qu’on l’a condamné à mort, et
Qu’on s’apprête à l’exécuter

on l’a lié solidement à une puissante motocyclette
Dont la roue avant repose sur un rail qui mène à un mur
De feldspath, dressé à cent mètres plus loin, droit devant

le moteur du bolide croasse comme un corbeau bourru
Tandis qu’une voix poissarde prononce un compte à rebours
Abrutissant : Veinte ! Dizneuffïo ! Dizzuite ! »

Bertrang-Marting s’interroge : « Qu’est-ce que la mort ? »
Est-ce cette voix crasse qui continue : « Dizettïo ! Seize ! Quinzïo ! »
Est-ce. . . le dernier saut de l’exocet saisit au vol par le cormoran ?

la mort, c’est un corbeau de mer, Corvus marinus
« Je suis un trophée de marine, » songe bizarrement le rêveur
« Je suis un château de sable qu’on ne reverra plus. »

grains de sable ou atomes ; ce sont des gnomes
Qui épouseront la forme renouvelée d’une forteresse
Emportée tôt ou tard, par la vague ou par la brise, ou piétinée

la mort, c’est la délicatesse de la vie
Après la mort, il n’y a rien ; après la fin d’un film, celui-ci
Existe toujours mais on n’est pas destiné à le revoir

« il faut aimer. » se dit Bertrang-Marting
Aimer les murs qui enclosent l’espace de sa propre vie
Et choisir avec soin, si c’est faisable, les cordons qu’on va tirer

il faut incliner son cœur vers la miséricorde
Il faut faire de sa vie un poème au style harmonieux
Il faut éviter les fièvres, les délires, la prolifération vaine des ossuaires

il faut dépouiller l’homme de ses idées « cédilles » et autres diablotins
Le débarrasser des postulats inutiles et énoncés par l’Ennemi
D’en-dessous : la Peur

« on cesse trop tard d’avoir peur. » pense Bertrang-Marting
« On voit trop tard que l’éternité traverse le temps
Et réciproquement, tels les axes perpendiculaires x et y. »

pour échapper au temps et à l’éternité, il n’y a qu’une seule façon
« C’est de ne pas exister. » conclut Bertrang-Marting
Le compte à rebours se poursuit : « Quatorze, treizïo, douze. »

plus tôt dans ce récit, vous vous en souvenez peut-être
Le huissier Guyvan a assommé Bertrang-Marting
Après avoir affirmé qu’il fallait lui arracher sa dent creuse

ça eut lieu dans cette fameuse taverne, l’Intraordinaire
Dont le patron, un certain Noël, homme posé
Est un ami du huissier qui n’eut donc aucun ennui

l’assommé, Bertrang-Marting Antischolasticus (c’est le
Nom qu’il s’est donné) partait en voyage avec l’intention de
Traverser à pied le désert Instrumental

au sujet de celui-ci, voici quelques mots
C’est un territoire vaste, médiat, inhabité
Sauf par quelques ermites qui adorent le feu, le soleil, les astres

ces types mènent des spéculations diverses
Ils font des calculs pour l’industrie, le commerce, la finance
Ils se tatouent le corps de leurs nombreuses formules et hypothèses

ces spécialistes se nourrissent de chardons trouvés entre des projections
De pierre, ainsi que des concombres sauvages aux extrémités
Réticulaires qui captent patiemment une pauvre humidité

quant aux bêtes du désert, signalons l’entortillonnette
Qui s’attache autour de la langue de ses victimes assoiffées, et
L’érigne nocturne aux pinces cruelles

mais revenons au rêveau cauchemarde Bertrang-Marting
Il reste ligoté sur sa moto
Le compte-à rebours se poursuit : « Onzïo, disse, neuffïo. »

or la langue de notre héros découvre dans sa bouche une cavité
Encore chaude qui lui rappelle soudainement la vision d’une pince
« On m’a enlevé ma dent creuse. » comprend Bertrang-Marting

une dent de moins, c’est une petite mort de plus
« Une renaissance. » songe Bertrang-Marting, optimiste
Le compte à rebours se poursuit : « Huite, settïo, sisse. »

la motocyclette déjà bondit
Dirigée à distance par je-ne-sais-quel mécanisme
Elle fonce vers le mur alors qu’on entend : « Cinquïo, quatre, troizïo. »

« c’est injuste ! » hurle en lui-même Bertrang-Marting
« Je vais mourir cinq secondes trop tôt. »
Mourir, prendre son congé, quitter l’océan des âges

« J’irais bien à la plage me coucher sur le sable chaud. »
Voilà la dernière pensée du « motocycliste » propulsé vers le mur
De feldspath, tandis qu’on entend : « DEUX, UN, ZÉRO. »


.. .. ..


Bertrang-Marting survivra-t-il à son cauchemar ?
Lui a-t-on réellement arraché sa dent creuse ?
C’est une histoire à suivre !

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[Image: Dent creuse sur rail par reading_is_dangerous]

vendredi 6 juillet 2007

LA RÉVÉLATION DU HUISSIER GUYVAN


entre les vieux murs de Kang Lo, la capitale zhaïlandaise
On trouve la taverne Intraordinaire, cet endroit fameux
Où Bertrang-Marting Antischolasticus et le huissier Guyvan font connaissance

le huissier habitué des lieux
Demande qu’on lui apporte une quille de Martini
Et neuf perdrix à la Narseillaise, cuites sur feldspath

à cette époque, qui n’est pas aussi lointaine qu’on se l’imagine
Le martini est un vin de clou
Le clou est un raisin noir et long, riche en fer ; un rien piquant

le feldspath est une pierre
En Zhaïlande, on l’utilise comme ustensile de cuisine
Parce qu’elle donne aux plats un goût qui rappelle la moutarde

mais une question semble inquiéter le huissier
Son invité, Bertrang-Marting, préfère-t-il la bière plate ou
Le vin de clou ?

« On dit que Xénophon buvait de la bière plate, et Platon
Une brou feinte, » répond Bertrang-Marting
« Mais jamais, jamais avec une cuisse de volaille en bouche. »

Guyvan sourit
Il dit : « Le goût est la sentinelle de la raison. Qui
A mauvais goût devient fou, la nuit. »

à cinquante-trois ans, le huissier est un peu collectionneur
D’œuvres rares. Il apprécie spécialement les antiques mosaïques
Où figurent Thémis ou Astrée ou une autre modeste déesse

il aime aussi les lettres qui évoquent des amours défuntes
Il accumule des trophées de marine, des morceaux de château
Des quartiers de pensées retenues

enfin ! Une servante apporte le repas
« Celle-ci s’appelle Moëlla. » dit Guyvan
« Tous, ici, savent qu’elle est le fruit d’une flamme inceste. »

elle est belle ; le huissier voudrait l’acheter
Pour le prix d’une rose d’or, mais son épouse est jalousie-née
« As-tu une femme, toi ? » demande-t-il à Bertrang-Marting

celui-ci raconte d’une voix morose
Les événements que nous avons décrits plus tôt : La mort d’Adrien
Le mariage proposé par l’ami à la jeune et jolie veuve, Sanna

« elle est partie chez ses parents, dans le Yen Lome Lome »
Dit Bertrang-Marting
« Je pratique depuis le commerce des esprits ; je suis Martiniste. »

« et moi, je suis patineur. » dit le huissier dévorant un oiseau
« Une heure plus tôt, j’ai voulu te frapper du sabre que j’ai volé
Trente ans auparavant, à ton père. Je lui dois réparation. »

« il est mort écartelé par les brouetteurs du roi. » dit Bertrang-Marting
« Je sais. » dit Guyvan rongeant un os
« J’attendais ce jour qui nous présenterait l’un à l’autre. »

« je m’en vais traverser le désert Instrumental. » dit le martiniste
« J’annule ton départ. » dit le huissier suçant le bout d’une aile
« Et te confisque tes pieds (sans te les prendre). »

« vous m’avez promis une révélation » dit Bertrang-Marting
« L’épée de ton père, je te la rends, » dit Guyvan
« Mais tu devras à ton tour la rendre à son propriétaire légitime, sinon. . . »

sinon l’humanité entière passera au hache-paille d’une divinité toute puissante
On se retrouvera au moulinet, au purgatoire, dans un nouvel Enfer
Le grand « tout » humain sera unifié dans une souffrance sans nom

« comment ? » demande Bertrang-Marting
« Ma grand-mère Missy me l’a dit. » répond Guyvan
« Ainsi parlait Ziusudra, disait-elle, mais elle l’a tué, ce con. »

« je ne comprends pas. » dit Bertrang-Marting
« C’est pourtant simple, » dit Guyvan
« Ton père en farfouillant dans un grenier détermina ta destinée. »

« comment ? » demande Bertrang-Marting
« Avant que d’être frappeur d’or, ton père visita la demeure d’un magicien :
Maître Ziusudra, qui fit longtemps l’éducation de ma mémé.

ton papa trouva l’arme que Ziusudra avait « empruntée »
Or il s’agit d’un objet de première nécessité : La
Lame à couper l’univers en deux
»

« à qui la rendre ? » demande Bertrang-Marting
« À l’une ou l’autre des deux princesses jumelles et poétiques :
Leurs altesses royales Inne Fa Eï et Sha Sha Eï. » répond Guyvan

« j’ai une dent creuse qui me chuchote que vous êtes fou. » dit Bertrang-Marting
« Il faut tout de suite l’arracher. » dit le huissier
Et puis il assomme son invité d’un grand coup sur la tête


.. .. ..


Bertrang-Marting perdra-t-il sa dent creuse ?
Rendra-t-il la « lame à couper l’univers en deux » à l’une des princesses ?
Si oui, laquelle ?
Traversera-t-il le désert Instrumental ?
Épousera-t-il la veuve Sanna ?
C’est une histoire à suivre !

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[Image : Guyvan, Ziusudra (en bleu) et les deux princesses, une ébauche de reading_is_dangerous]

jeudi 5 juillet 2007

BERTRANG-MARTING ANTISCHOLASTICUS


à trente-six ans, Adrien Létamorphe, négociant
En peaux de figues, expatrié à Kang Lo (la capitale de Zhaïlande)
Meurt d’une opposition soudaine du cœur

sa jolie veuve, la Zhaïlandaise Sanna, est âgée de vingt-quatre ans
Le couple n’avait pas d’enfant (Létamorphe était stérile)
Bertrang, ami d’Adrien, ne tarde pas à offrir à Sanna de l’épouser

est-ce par amitié ?
Ou s’agit-il d’une passion secrète enfin dévoilée ?
Quoi qu’il en soit, la veuve répond : « Attendons un peu. »

elle liquide précipitamment ses avoirs, et s’en retourne chez ses parents
Qui habitent dans la province du Yen Lome Lome, une
Contrée verdoyante qui s’étend au-delà du désert Instrumental

le départ de Sanna a surpris Bertrang
Il mange désormais en solitaire, avalant ses repas sans mâcher
Sa santé dépérit

il abandonne bientôt son métier
il frappait des pièces d’argent sur la voie publique
Or il a vendu même son permis (un privilège extraordinaire)

sur son front une tache lenticulaire a fait son apparition
De la taille du pouce, sa forme s’allonge au fil des semaines
On dirait finalement la pointe dorée d’une flèche

« je frappais autrefois des pièces d’argent, » déclare Bertrang
« Je transpercerai dorénavant toute espèce de gens grâce à ce fer aurifère. »
Il étudie le martinisme dans le texte original de De Saint-Martin

il change de nom, adoptant celui de Marting Antischolasticus
Sur sa nouvelle carte de visite, on lit « Commerce des Esprits »
« J’en vends qui sont immatriculés ou non. » précise-t-il

certains de ses clients sont les mêmes que ceux qui achetaient
Des peaux de figues à Létamorphe. Ce n’est peut-être pas
Surprenant, sauf pour cette question de matricule

Bertrang-Marting a-t-il oublié Sanna ? Non, au contraire
Il jure que le spectre de son ami Adrien
L’a imploré de prendre sans tarder sa veuve pour épouse

le martiniste a beaucoup maigri mais cette perte de poids n’est selon lui
Que le préliminaire d’une série d’épreuves parmi lesquelles
Un rendez-vous avec un mystérieux « mauvais air »

il prépare chaque après-midi un petit fagot de bois
Qu’il allume au coucher du soleil pour pratiquer un art à moitié
Oublié aujourd’hui, la divination nommée « margotinomancie »

il prédit ainsi une évolution du climat de Kang Lo
La moitié de la ville deviendra invivable
Il va y pleuvoir des serpents, du plomb, l’anthrax

mais qu’importe !
Un jour, les menues branches d’une raquette brûlent d’une flamme
Telle que le devin y reconnaît le signe qu’il espérait

le jour suivant, il se met en route
N’emportant avec lui qu’une petite croix en or et un peu d’eau
Il fera le voyage à pied

il dit que
« Marcher ramène le corps à la raison, » de même que
« Le désert ramène la raison au corps. »

il quitte Kang Lo en suivant l’Avenue de l’Épacte
En traversant la Porte des Désintéressées
Où il bouscule accidentellement un huissier bien charpenté

le bousculé tire de son fourreau une lame damassée
De laquelle il menace de frapper Bertrang-Marting
Qui l’arrête avec ces mots : « Cette épée appartenait à mon père. »

Guyvan, le huissier, admet qu’il a saisit l’arme
Lors de sa première procédure, trente ans plus tôt
Chez un certain Henrigues d’Argémone. . .

« un frappeur d’or accusé de contrefaçon, » dit Bertrang-Marting
« C’est exact. » reconnaît le huissier qui invite aussitôt le fils
De son premier client, à boire un Martini

il est hors de question de refuser, pense Bertrang-Marting
Songeant que le huissier, la lame sont sans doute des signes
Qu’il faut remettre le départ au lendemain

« J’ai une révélation importante à vous faire, » dit Guyvan
Les deux hommes empruntent une gallerie tournante
Qui les mène à un fameux débit de boisson, l’Intraordinaire

*

Quel est le sujet de la révélation du huissier Guyvain à Bertrang-Marting ?
Le martiniste partira-t-il en voyage le lendemain ?
Ira-t-il à son rendez-vous avec le « mauvais air » et de quoi s’agit-il ?
Aura-t-il assez d’eau pour traverser le désert Instrumental (sans parler du manger) ?
Épousera-t-il la veuve Sanna ?
C’est une histoire à suivre !

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[Image : Portrait de Bertrang-Marting (ébauche) par reading_is_dangerous]

mardi 3 juillet 2007

HENRIETTE


pendant la nuit, dans le cornet d’une fleur
Rêver

sur les pétales du Printemps
Rêver

rêver de toi sans connaître ton nom
Ignorant le mien

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[Image: Henri par reading_is_dangerous] (24 mai 2007)

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